
J’ai besoin de faire du ménage dans ma vie. De trier ce que je souhaite garder et ce dont je souhaite me débarrasser. Et surtout j’ai besoin de mettre de l’ordre ! Savoir qui je suis, trouver ce que je veux et mettre en place des actions, me concentrer et œuvrer pour atteindre mes objectifs. Mais voilà, ce n’est pas facile. Possible que ma Poulpitude me rende la tâche impossible… C’est alors que des nouvelles idées font leur apparition et viennent changer la donne.

Depuis un certain temps déjà, je sentais que je stagnais. Ces sensations m’avaient d’ailleurs inspiré 2 articles, dans lesquels j’essayais de trouver une manière de me remettre en route : « De quoi demain sera fait » et « Tracer ma route ». Oui mais voilà, même en ayant écrit noir sur blanc quelle était la méthode, je n’y arrivais pas. J’ai alors entrepris de trouver de l’aide et je suis allé voir Gégé, un psychologue spécialiste des Poulpes (Les HPI).
Au départ, c’était pour un sujet bien précis qui portait sur ma vie sentimentale. J’avais un besoin maladif d’une vie sentimentale et en même temps, j’en étais incapable. Et au fil des discussions, nous nous sommes un peu écarté du sujet…
20/09/2025, première séance avec Gégé. C’est le début d’un voyage intense. Je l’ai retracé dans mon « livre de bord ». Chaque mois une nouvelle séance. Chaque mois une nouvelle exploration et de nouvelles découvertes dont je te livre les trésors ci-dessous :
- « Peut-être que vous n’arrivez pas à accepter d’être aimé. Je veux dire…aimé pour ce que vous êtes. Gratuitement. Et pas pour ce que vous faites »
- « L’identité, ce n’est pas l’important. C’est une conséquence. Ce qui vous manque c’est l’expérience. Vous ne pouvez pas savoir qui vous êtes tant que vous ne l’avez pas expérimenté »
- « Le vide n’existe pas, ce n’est rien d’autre qu’un espace de stockage. A nous de choisir comment nous l’utilisons »
- « De l’ordre oui, commencer à ordonner son esprit. Peut-être à voir, non pas comme un cadre, mais plutôt comme une structure, un squelette. Une organisation interne en trois dimensions, comme le branchage d’un arbre ou une constellation de planètes… »
- « Quand vous voulez vous concentrer au lieu de chercher à faire taire votre esprit, à réduire le bruit pour vous concentrer, vous pouvez imaginer que votre esprit est une agora, remplie de « petit vous » qui échangent. Dans un vacarme incessant. Et c’est ok ! C’est ce qui fait la richesse. Et si vous voulez vous concentrer sur une partie de vous, n’essayez pas de demander le silence, ne les bridez pas. Demander à vos autres « vous » d’aller continuer leur discussion ailleurs, dans le même principe que ce qui est fait en méditation »
C’est ce dernier « trésor » qui m’a inspiré cet article : Lâcher la barre. Pourquoi, encore une fois, faire une métaphore nautique ?
Et bien c’est une question de sensation. Celle de perdre le contrôle. D’accepter que je ne contrôle pas tout et que bien des choses se font, sans que je ne le veuille, sans que je ne l’ordonne. Et surtout, que mes agissements, mes réactions, mes réflexions, mes émotions, échappent à ma volonté. Une expérience de lâcher prise, encore lui…
J’ai fait cette expérience incroyable de perte délibérée de contrôle, en naviguant en solo, c’est-à-dire en manœuvrant seul un voilier.

Un bateau à voile, c’est une machine qui se tient en équilibre. D’un côté, elle est capable de capter le vent et son énergie, afin de se mettre elle même en mouvement. D’un autre, elle prend appui sur l’eau afin de s’orienter et d’avancer dans une direction différente de celle du vent. Quand un bateau file sur l’eau, c’est qu’il est en équilibre entre la force du vent et la résistance de l’eau. Le skipper ne fait que régler son bateau pour maintenir cet équilibre. Une fois réglé, le navire n’a plus besoin du skipper pour avancer.
Imagine un peu, être sur un géant de plusieurs tonnes, à la merci de la mer et du vent qui te chahutent. Être toujours sur le qui-vive, concentré sur tes sensations et sur la précision de tes mouvements, à ressentir les éléments et tout d’un coup, lâcher la barre ! Lâcher délibérément, l’ultime contrôle que tu as sur le voilier, l’ultime sécurité pour toi, celle de pouvoir changer de direction au cas où…
Je me souviens…c’était grisant. En une fraction de seconde, l’action intense laissait place à la sensation. Intense elle aussi. Tout était « plus ». Le silence, interrompu par le bruit du vent dans les voiles et de l’eau qui glisse sur l’étrave et la coque. La sensation de glisse, du vent frais sur ma peau. La beauté du soleil couchant, qui enflamme les roches calcaires du Frioul. Mes sens, aiguisés par les manœuvres, étaient maintenant pleinement disponibles pour ressentir l’instant présent.

Et en même temps…l’appréhension. La peur engendrée par la perte de contrôle. Cette peur qui t’enserre et t’enlève du présent pour t’amener dans le futur, là où les choses se passent mal. C’est elle qui t’oblige à rester près de la barre, au cas où il faille reprendre le contrôle en urgence. Je pouvais me concentrer sur tout autre chose et ne pas voir un danger. Et si je tombe à l’eau ? Le bateau continuerait sa route sans moi, seul au milieu d’un environnement peu adapté à mes caractéristiques de bipède. Angoissant…
C’est exactement ce que j’ai ressenti quand j’ai commencé à laisser délibérément mes pensées sans les contrôler, sans les juger, sans les réprimer. J’ai littéralement lâché la barre de mon esprit et je me suis retrouvé entre extase et appréhension. Comme sur ce voilier qui naviguait aux abords du Frioul.
Tout d’un coup, mon esprit était disponible pour ressentir les moindres sensations dans mon corps. Je ressentais une sorte de brouhaha dans mon esprit. Un peu la même sensation que celle que je ressens dans une soirée bondée, dans laquelle il aurait des centaines de conversations en même temps. Un bruit de fond inaudible et incompréhensible, sauf que ce n’est pas du bruit à proprement parler, mais une sensation. Une sensation sur laquelle je n’ai aucune prise, aucun contrôle. Elle est là, j’en prends conscience et je fais avec. C’est le bruit de fond de mon corps qui vit, qui fait battre mon cœur, actionne mes muscles, crée mes pensées, organise ma mémoire. Toute cette vie, qui échappe complètement à mon contrôle. Mes pensées, mes émotions…échappent à mon contrôle. Mes envies, mes désirs, mes idées (de génie ?)…pareil.
J’avais déjà senti cela quand j’ai écrit « les nuages du passé ». J’écrivais que j’étais un passager (mon âme, le « soi ») embarqué sur un navire, équipée d’une boussole (mon corps) avec un capitaine (mon inconscient, le « moi »). Et bien je crois que cette image est bonne, mais incomplète…

Mon corps n’est pas la boussole. Mon corps est le navire entier, équipage compris. La boussole faisant partie intégrante du navire. Et ce navire échappe complètement à mon contrôle. En effet, mon corps, pour fonctionner et avancer, n’a besoin ni du capitaine, ni du passager. Et quand je fais le vide, que je lâche la barre, ou plutôt que je la rends au capitaine, alors, je suis disponible et attentif. Je prends alors conscience de tout cet équipage qui fait avancer le navire, de tout ce brouhaha, de toutes ces sensations dans mon corps.
La seule chose que je contrôle, au final, c’est le choix du cap, de la direction. C’est moi, ou disons mon âme (ou le passager), qui indique la destination. Tout le reste, c’est mon corps qui s’en occupe.
Alors, à quoi bon vouloir mettre de l’ordre ? Est-ce la bonne solution que de vouloir faire fonctionner mon corps rationnellement ? Moi, simple passager, vais-je apprendre à mon équipage comment faire naviguer son navire ?
C’est certainement la clef. Je ne suis pas linéaire. Je ne rentre pas dans les cases… Au lieu de vouloir discipliner mon esprit, mieux vaut découvrir comment il fonctionne. Et le laisser être comme il est ! Ce brouhaha incompréhensible que je ressens, c’est celui d’une organisation puissante. Peut-être un peu « non conventionnelle ». Mais efficace. Et aussi fou que cela puisse paraitre, quand j’interroge mon corps, les réponses viennent, à leur rythme. Quand j’écoute mes ressentis, tout est juste, tout est aligné. Il me suffit simplement de fixer le cap en conséquence. Mon corps m’informe, mon corps propose, je choisis et le capitaine ordonne, le navire avance…
Quelle expérience passionnante, mais aussi, un peu dérangeante ! A l’euphorie d’une découverte qui pourrait changer ma vie en profondeur, se mêle le sentiment d’avoir vécu dans l’erreur pendant tant d’années. 43 ans… j’ai l’impression d’avoir fait tant d’erreurs, d’avoir gâché tant d’occasions… J’ai l’impression d’être nul. J’en ai les larmes aux yeux et le ventre noué…
Mais ce n’est qu’une réaction, un doute, une rumination face à la peur du changement, à la perte de repère que je suis en train de vivre. En vérité, j’ai fait un long voyage, de 43 années, pour finalement découvrir un nouveau monde, dans lequel je vais m’installer. Je suis en train de dire au revoir à mon ancien monde. Je suis en deuil et j’ai autant d’excitation que de peur en pensant à ce qui m’attend…
Maintenant, je sais que je n’ai pas à tenir la barre en permanence, et j’ai hâte de découvrir ce nouveau monde 🙂.

